La théorie communiste de Marx

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La théorie communiste de Marx

Message par jean ghislain le 23/8/2012, 14:12

Marx part de la situation misérable de l'homme. Pour lui, l'homme vit dans une société, un monde qui souvent l'opprime, l'empêche de réaliser sa vie du fait de conditions sociales défavorables dans la plupart des cas. Or ce monde-là crée de toute pièce la religion qui, n'étant que l'expression de la détresse de l'homme, conduit à donner à l'homme des illusions pour supporter le poids de sa vie. En fait, cette formidable somme encyclopédique de spiritualité n'est pour Marx que la réalisation en l'homme d'une conscience inversé du monde qui maintient l'homme dans l'imaginaire, apaisant ainsi ses souffrances, et qui le détourne ainsi de toute protestation.
Car la réalité, c'est bel et bien que l'homme est déprécié de sa valeur. Il l'est par exemple d'autant plus qu'il produit des richesses dans le système économique, paradoxalement. En effet dans ce système, le produit du travail de l'ouvrier ne lui appartient plus, il en est dessaisi. La richesse de sa production lui échappant, l'ouvrier s'appauvrit, même s'il met toute sa force dans son travail. Or l'ouvrier met toute sa vie dans l'objet, toute son activité. Mais alors, nous dit Marx, toute la vie qu'il a mis dans l'objet ne lui appartient plus, lui devient étranger voire hostile, et ainsi peut-on dire que l'ouvrier perd de lui-même par ce travail aliénant.
L'objet acquiert son indépendance, ce qui se traduit par la création entre l'objet et le travailleur d'un intermédiaire qui prend toute une valeur – c'est l'argent. Ainsi l'ouvrier passe de producteur à consommateur, plus ou moins puissant. On peut dire que l'argent devient comme une divinité qui permet de tout acquérir lorsqu'on le possède en suffisance. Ainsi pour s'acheter la plus belle des femmes quand on est laid. Aussi pour être vénéré comme personne de qualité lorsque l'on est des plus malhonnête, l'argent effaçant tout ce qui insupporterait autrui dans un cas normal. L'argent devient donc le lien essentiel qui me rattache aux autres, et par-là à la vie. Ce qui, évidement, pour Marx constitue une énorme confusion dans la vrai nature des liens humains, pour ne pas dire une certaine perversion.
Or dans ce système perverti constitué par l'ensemble religion-travail-argent, l'instrumentalisation de l'ouvrier profite à certains. En effet, ceux qui possèdent l'appareil de production – les capitalistes - arrivent à s'approprier de la grande partie des richesses, lesquelles richesses permettent de perpétuer le système en achetant toujours plus de force au travailleur. On est dans un cercle vicieux, où l'ouvrier doit se contenter de ne rien posséder, de passer son temps au travail, où la vie commence pour lui quand il rentre enfin dans sa pauvre demeure pour sa pitance.
Marx veut changer cet ordre des choses et critique les philosophes qui jusqu'ici n'ont pas agi en conséquence, et sont restés en retrait du monde, se contentant juste de construire des idéaux sans chercher comment les appliquer. Or nous dit Marx, il s'agit bien de transformer le monde plutôt que de se contenter de l'interpréter et le comprendre. Le pire est que certains philosophes se sont compromis au point de légitimer ce système. Ils sont parvenu à détourner l'être humain de la vue de sa misérable condition, en faisant par exemple de l'esprit religieux quelque chose d'immuable comme seule réponse à la misère, allant ainsi contre toute transformation.
La société, que ce soit les structures juridiques ou politiques, est entièrement fondée sur une structure économique, dont elle dépend. Or il y a des époques d'évolution où la production matérielle est bel est bien transformée. Ainsi en est-on passé du mode de production antique (incluant l'esclavage), au mode féodal (propriété de la terre) au mode bourgeois (propriété des moyens de production). Dans tous ces cas se sont toujours opposé des classes sociales en lutte : homme libre et esclave, praticien et plébéien, baron et serf, etc...
Cet antagonisme demeure dans notre société moderne sous la forme de l'opposition entre bourgeoisie et prolétariat. Ce clivage subsiste car la société, même si elle a évolué, ne s'est toujours pas transformée. Comment réaliser cette transformation ? Pas avec l'aide de l'État, qui n'est que l'expression de cette organisation économique déséquilibrée structurant les besoins humains. On ne peut donc attendre de l'État aucune remise en cause de cet ordre des choses. La transformation de la société passe donc par la révolution, faite par la classe prolétaire contre la bourgeoisie, en s'appropriant les moyens de productions.

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Re: La théorie communiste de Marx

Message par Admin le 30/8/2012, 07:27

J'ai récemment lu le manifeste du parti communiste et ce livre m'a conforté dans l'idée que le communisme était foncièrement totalitaire, qu'il annonçait des dérives.
Tout en proposant une synthèse complète du marxisme, je trouve que votre texte -et l'ensemble des textes que je rencontre sur le communisme- a tendance à valoriser le communisme comme une idée fondamentalement bonne mais mal appliquée alors qu'il n'insiste sur ses aspects inquiétants.
Ainsi, le manifeste du parti communiste s'ouvre par exemple sur l'introduction du concept de lutte de classes. Pour Marx, cette lutte n'est pas structurante, entre deux mêmes forces qui en s'affrontant maintiennent l'équilibre du monde mais clivante : il y a aura un vaincu et un vainqueur, un dominant et un dominé "La bourgeoisie produit avant tout ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont inéluctables."
De même, le communisme n'est pas uniquement progressif : il accuse la bourgeoisie d'avoir "substitué à l'exploitation que voilaient des illusions religieuses et politiques l'exploitation ouverte, cynique et toute crue", d'avoir corrompu un idéal tout en fustigeant plus tard la noblesse réactionnaire qui s'intéresse aux intérêts du peuple ("le socialisme féodal"). Il y a donc dans le communisme un aspect réactionnaire modéré vis à vis de l'ordre féodal.
Cette hégémonie de la bourgeoisie a construit pour les communistes une situation paradoxale où "ceux qui travaillent ne gagnent pas et ceux qui gagnent ne travaillent pas"
Cette croyance va de pair avec celle de la possibilité d'un renversement du rapport de forces entre bourgeoisie et prolétariat. Ainsi, le communisme n'est pas progressif dans le sens où il ne conçoit pas le progrès comme une affirmation du présent mais cherche plutôt un renversement, une restructuration même des rapports de forces dans leur essence profonde.
Dans un contexte de lutte et de violence, le manifeste du parti communiste ne pouvait que se conclure avec de telles phrases, par l'affirmation d'un règne de la terreur à venir :" [Les communistes] déclarent ouvertement que leurs fins ne peuvent être atteintes que grâce au renversement par la violence de tout l'ordre social passé. Que les classes dominantes tremblent devant une révolution communiste."

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Re: La théorie communiste de Marx

Message par jean ghislain le 30/8/2012, 18:12

Une révolution, en général, ça se passe dans la violence. La République a coupé des têtes de son temps... pour renverser la monarchie. La violence est parfois légitime, surtout quand on est arrivé à accepter l'inacceptable. C'est un mouvement naturel, qu'en biologie on pourrait assimiler à un soubresaut, une contre-réaction si vous préférez.

Le problème du communisme, ce n'est pas la révolution, c'est le totalitarisme des camps de ré-éducation, le travail obligatoire, le déplacement de population à des fins économiques, etc...

Sinon je trouve que la théorie de Marx décrit bien les problèmes nés de la société industrielle : l'exploitation de l'homme dans le travail, la paupérisation de certaines couches de la population, et laisse présager l'aliénation moderne du métro boulot dodo, des cités dortoirs où nul ne peut vivre épanoui, etc... c'est donc une théorie critique assez réaliste des temps modernes.

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Re: La théorie communiste de Marx

Message par Admin le 31/8/2012, 06:54

Je pense moi aussi que le problème du communisme est le totalitarisme mais ceci est pour moi lié avec la révolution.
La révolution naît d'une volonté de changer totalement le passé, d'imposer une idée -en général par la violence effectivement- ce qui est caractéristique du totalitarisme.
Il ne s'agit pas par contre pour moi d'un mouvement naturel dans la mesure où c'est un phénomène particulier, qui n'a lieu que périodiquement. L'état de révolte, le sentiment indignation face à l'oppression-qui l'est elle même aussi car elle existe toujours- est naturel mais la révolution, son sentiment d'exaspération en est une amplification, en effet une contre-réaction qui va à l'encontre d'une progression fluide, linéaire, spontanée, naturelle.

Pour ma part, le marxisme a surtout fait réemployer la notion de communauté de biens déjà présente dans Utopia de Thomas More et celle de lutte des classes similaire à celle de lutte de tous contre tous d'Hobbes plutôt que d'incarner une véritable nouveauté. Il a eu des conséquences totalitaires désastreuses qui le rendent tout à fait illégitime à être une utopie crédible. Les thèmes abordés sont en effet intéressants mais la manière dont ils sont traités appellent à une vision violente de la société qui ne correspond à mon idéal de complémentarité des classes plutôt qu'adversité.

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Re: La théorie communiste de Marx

Message par marie so le 3/9/2012, 22:37

Excuse-moi Thibaut mais être d'accord avec le communisme, c'est comme l'être avec le nazisme... Ce sont deux systèmes totalitaires qui ont beaucoup de sang sur les mains. Je me rappellerais toute ma vie de cette femme allemande qui pendant la guerre a dit : ''Il vaut mieux avoir un Américain au-dessus de sa tête (lors des bombardements en 43-44) qu'un Communisme au-dessus du corps''. Ils étaient parfois à vingt sur une femme... Alors on dira, c'était la guerre... Et a-t-on déjà oublié la RDA où l'on avait pas le droit de sortir de son pays (moitié de pays), l'URSS, la Chine, la Corée du Nord, le Cambodge, Cuba (et oui !), etc. ? Je vous conseille le film ''Les Chemins de la liberté'' qui présente des personnages torturés, massacrés par leurs choix... Celui de penser autrement et de vouloir quitter des camps de travail où ils n'avaient que des arrêtes de poissons à manger ! La réalité est cruelle parfois... Les images parlent d'elles-mêmes...
Alors évidemment que ce n'était pas comme chez les nazis, des camps d'extermination avec des chambre à gaz ! Pas besoin en Sibérie, à moins cinquante dehors, les communistes n'avaient qu'à recouvrir les corps de neige !
Je regrette, mes propos ne plairont pas à tout le monde, mais je suis anti-communiste et vous l'aurez bien compris !

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Re: La théorie communiste de Marx

Message par marie so le 3/9/2012, 23:14

Je suis totalement d'accord avec toi Jean Ghislain ! Le problème est que Karl Marx a également dit : ''L'Homme doit dompter la nature''. Et moi qui suis écolo', je ne vois pas vraiment... Ce qui le préoccupe, ce ne sont pas les ressources de la nature, puisqu’elles sont supposées faciles d’accès et gratuites. Ce qui importe, ce sont les ressources transformées par le travail des ouvriers et le capital des entrepreneurs. Pour Marx, la nature en tant que telle ne produit pas de richesses.
Précisons que l'écologie est un parti de gauche, comme le communisme même s'il est un parti extrémiste... En réalité, ce sont deux théories (à savoir le marxisme et l'écologisme) totalement contradictoires et donc incompatibles entre elles ! Alors cherchez l'erreur...
De plus, excusez-moi mais Marx, amateur de femmes et de cigares certes intelligent, était tout sauf un prolétaire ! Mais un bourgeois de la première heure ! Et sa théorie détournée, je dois l'avouer, a conduit à des dizaines de millions de morts ! Voir plus...
« Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité. » Ah oui ? Lénine et Staline n'étaient pas de bons élèves alors...
Et Marx a aussi dit : « Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre. » Très bien dit ! Je connais l'Histoire du Communisme et je ne suis pas prête à (re)vivre ça !

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